Régulièrement, nous publions ici un billet, une humeur, du président, ou d’un des membres du bureau.

Début Août 2021Séance de réchauffage

Un hiver trop doux. Un printemps précoce gâché par un sévère épisode de gelée noire. Des températures estivales qui alimentent des incendies en Europe du sud, en Sibérie et dans le nord-ouest américain. Les pires inondations depuis des siècles emportent plus de 230 victimes en Allemagne et en Belgique. Des pluies qui n’en finissent pas d’oxyder l’été hexagonal et britannique.

Voici, très résumé notre premier semestre. Une demi année chaotique marquée par une succession d’événements climatiques extrêmes. Et c’est là l’une des principales menaces que fait peser le changement climatique à nos latitudes. Bien plus au nord, des températures quasi méditerranéennes laminent inlandsis et permafrost ; accélérant la montée du niveau de la mer et accroissant les émissions naturelles de méthane, puissant gaz à effet de serre. Plus au sud, élévation des températures et changement du cycle de l’eau ruinent l’agriculture sahélienne, donnant de nouveaux bras à des mouvements terroristes qui n’en avaient pas besoin.

Tout cela pour rappeler que nos sociétés, occidentales, africaines, asiatiques et américaines, ne sont pas gréées pour affronter les conséquences du réchauffement. N’en déplaisent à ceux qui nous gouvernent, la résilience n’est pas l’affaire d’une loi. Adapter notre agriculture, nos infrastructures, nos villes, nos demandes d’énergie et de mobilité, notre consommation ne se décrète pas. Réussir cette transition implique l’adhésion totale des citoyens, des entreprises et des territoires à ce qui s’apparente bien à un nouveau modèle de société.

Les candidats à l’Elysée ne l’ont pas encore compris. Souhaitons que le premier tome du 6e rapport du Giec, publié ce 9 août, les convainque de changer l’ossature de leur programme politique. Il y aura du tangage sinon. Les événements listés en ce début d’éditorial ne sont que les signes avant-coureurs du monde de demain. Le vrai !

Valéry Laramée de Tannenberg

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Fin Avril 2021, Climat : le sommet de Joe Biden ne remet pas le monde en ordre de marche

Six mois avant l’ouverture du sommet onusien sur le climat (la COP 26) de Glasgow, le président des Etats-Unis a convié une quarantaine de chefs d’Etats et de gouvernements à formuler de nouvelles promesses de décarbonation. Succès politique et médiatique, le Leaders Summit on Climate ne changera pourtant pas grand chose au rythme de réchauffement de la planète.

Incontestablement, Joe Biden a marqué un point. Jeudi 22 avril, lors de la première journée de son sommet des leaders sur le climat, le président des Etats-Unis s’est replacé en position de chef de l’orchestre mondial. A son invitation, des chefs d’Etats et de gouvernement ont égrainé les nouveaux engagements climatiques de leurs pays. Le nouveau locataire de la Maison blanche avait triomphalement ouvert le bal.

La contribution volontaire américaine (NDC) que Washington enverra à l’ONU promettra de réduire de 50 à 52 % les émissions de gaz à effet de serre (Ges) entre 2005 et 2030. En 2014 par Barack Obama s’est engagé à les diminuer de 26 % à 28 % sur la même période. Joe Biden accroit donc l’effort de 30 %. Ceci s’inscrit dans le programme présidentiel qui vise à totalement décarboner la production d’électricité d’ici à 2035, transformer les sols agricoles, les forêts, le littoral en puits de carbone, à dynamiser la production d’hydrogène bleu. Et surtout de créer des millions d’emplois bien payés. « Quand je pense climat, je pense emploi », a martelé l’ancien sénateur du Delaware. Par exemple, en développant les réseaux électriques intelligents ou en bouchant les puits de pétrole et de gaz abandonnés par les compagnies pétrolières.

La semaine passée, le président américain avait dépêché en Chine son envoyé spécial sur le climat, John Kerry. L’ancien secrétaire d’Etat avait réussi à arracher une participation au sommet des leaders du président de la république populaire. Dans son message, délivré depuis un bureau aussi grand qu’un hall de gare, Xi Jinping a juste annoncé que la Chine plafonnerait entre 2026 et 2030 sa consommation de charbon. « Durant le 14e plan quinquennal (2021-2026, ndlr), nous contrôlerons strictement les nouveaux projets de centrales à charbon », a également promis le maître de Pékin.

Contrairement à son voisin, le premier ministre indien n’a rien avancé de concret. Narendra Modi a juste annoncé la création d’un partenariat sur les énergies propres avec les Etats-Unis. Modeste.

Le gouvernement japonais est allé de l’avant. Dans sa courte allocution, le premier ministre nippon a promis de réduire de 46 à 50 % les émissions de Ges entre 2013 et 2030. Jusqu’à présent, l’objectif, pour cette même période, n’était que de -26 %.

Les voisins de Joe Biden ne sont pas restés l’arme au pied. Le Canada prévoit désormais de réduire de 40 à 45 % ses émissions entre 2005 et 2030, contre -30 % précédemment. Le Mexique propose, quant à lui, d’interdire ses exportations d’hydrcarbures (mais pas d’en produire). Surtout, Mexico propose de planter près de 5 milliards d’arbres en Amérique latine. Ce vaste projet de stockage de carbone pourrait valoir à ses chevilles ouvrières (les forestiers) une green card américaine en récompense a proposé le président Andres Manuel Lopez Obrador.

Comme beaucoup de responsables de pays en développement, le président de l’Indonésie a conditionné son ambition climatique à l’aide financière internationale. Contre de gros chèques, Joko Widodo vise donc la neutralité carbone à l’horizon de 2050. Le président indonésien a aussi annoncé la restauration de 620 000 hectares de mangroves. Un nouveau puits de carbone, potentiellement générateur de crédits carbone.

Très attendue, la Corée du Sud n’a pas déçu. Séoul cessera désormais de subventionner la vente à l’étranger de centrales électriques au charbon. L’importance de cette annonce n’est pas anodine. Dans le monde, la Corée est le troisième plus gros financeur à l’export de centrales au charbon. Durant la dernière décennie, les banques coréennes de développement ont consacré l’équivalent de 7 milliards d’euros au financement de projets charbonniers à l’étranger. Moon Jae-in a aussi promis de nouveaux engagements coréens, lors de la COP 26, en novembre prochain.

Le président sud-africain a confirmé son intention de plafonner les émissions nationales en 2025. Cyril Ramaphosa a également rappelé que la première économie d’Afrique avait besoin de 6 à 7 milliards d’investissements par an pour se décarboner.  

L’Union européenne a apporté sa petite pierre à l’édifice. Saluant l’accord intervenu quelques heures plus tôt entre le Conseil et le parlement européens sur le projet de « loi climat », la présidente de la Commission a annoncé la création d’un marché du carbone pour le transport routier et le bâtiment afin de mettre un œuvre l’objectif de -55 % européen pour 2030. Ursula von der Leyen a donc décidé de doter l’Europe d’un nouvel outil qui complètera son système d’échanges des quotas d’émission (qui ne concerne que l’industrie lourde) et son futur mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (une taxe carbone aux importations).

Quelques heures plus tôt, le premier ministre avait ridiculisé les annonces communautaires. En acceptant finalement les recommandations du Climate Change Committee, le premier ministre Boris Johnson impose au Royaume-Uni de réduire de 78 % les émissions carbonées entre 1990 et 2035.

A la question de savoir si ces nouveaux engagements nous replacent dans la course à la stabilisation du réchauffement, la réponse a été vite trouvée. Dans une vidéo, la militante suédoise Greta Thunberg a résumé le problème à sa façon. « Quand vous comparez ce que demande la science à leurs insuffisants et hypothétiques objectifs climatiques vous voyez clairement le fossé qui les séparent. Si ce fossé n’est pas comblé, il n’y aura pas de solution. On peut appeler cela du bullshit. » L’animatrice de Friday for Future n’a pas totalement tort.

Car nombre d’engagements étatiques reposent encore sur du vide ou du déclaratif de dirigeants. La promesse de Joe Biden n’a de chance d’être tenue qu’à la condition que le Congrès américain vote le nouveau plan de relance de l’économie qui prévoit l’injection de 2000 milliards de dollars en 10 ans. Or, ce plan est contesté par les parlementaires, y compris démocrates. L’Europe annonce vouloir réduire de 55 % ses émissions. Pour le moment, l’argent n’est pas encore trouvé (environ 5000 milliards d’ici à 2030) et les dizaines de directives et de règlements qui encadreront cet effort ne sont pas écrits. De plus, l’objectif européen est un peu biaisé. « Il inclut, dans son calcul, l’absorption du carbone et les sols, rappelle Neil Makaroff en charge des questions européennes au Réseau Action Climat. La Loi climat européenne acte un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre réel de 52,8 % d’ici à 2030. » Et non de 55 %.

Passons sur le fait que le Canada n’a jamais tenu, depuis 1990, le moindre de ses engagements climatiques.

Dans son rapport sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5 °C de 2018, le Giec rappelait que si nous voulons stabiliser le réchauffement à ce niveau, nous devons réduire de 45 % nos émissions de Ges entre 2010 et 2030. Clairement, les promesses faites lors de la première journée du sommet des leaders ne permettent pas d’atteindre un tel but. Inde et Chine, pour ne pas les nommer ont toujours à moyen terme l’objectif d’améliorer l’intensité carbone de leur économie. Dit autrement, le premier et le quatrième émetteur mondial s’autorisent à accroître leurs rejets carbonés au moins jusqu’à 2030. Sur cette base, les émissions chinoises de Ges devraient quintupler entre 1990 et 2030. Insoutenable !

Valéry Laramée de Tannenberg, président de l’AJE

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Fin Janvier 2021, Reconfigurons l’année confinée

« Bonne année » : formule à manier, désormais, avec précaution. Comme vous tous, l’AJE a dû reconfigurer ses activités pour vous servir au mieux de ses capacités. Les « visio » ont succédé aux rencontres et aux voyages. Pour la première fois, nous avons tenu notre assemblée générale à distance.

À ce jour, nul ne semble capable de nous situer l’aire d’atterrissage. Faute de date de déconfinement permanent, l’AJE poursuivra son œuvre en « distanciel ».

Après un galop d’essai sur l’hydrogène, nous vous proposons un nouveau cycle de conférences. Durant le premier semestre, l’AJE organisera un séminaire sur le Pacte vert européen. Une fois par mois, nous recevrons des experts pour évoquer les futures politiques climatiques de l’Europe, l’économie qui en découlera, les effets sur la finance, etc. Premier tour : le 11 février, avec un atelier consacré au « paquet 55 ».

Les bonnes habitudes ne se perdent pas. Prochainement, nous vous demanderons de remettre à jour vos fiches personnelles, indispensables à l’édition d’un annuaire 2021 le plus à jour possible. Vous pouvez toujours participer aussi au concours photo, dont le thème reste la biodiversité du quotidien. L’annuaire n’en sera que plus beau.

En attendant de vous retrouver « en vrai », les membres du bureau se joignent à moi pour vous souhaiter la moins mauvaise année possible. Pas très folichon, mais tellement plus proche de notre réel.

Valéry Laramée de Tannenberg, président de l’AJE