Colloque AJE “Le plastique entre périls et innovation” : réaction d’une participante, le Pr Evelyne Nakache

Suite au colloque “le plastique entre périls et innovation”, l’une des participantes, Evelyne Nakache, Professeure Emérite des universités, ex-Vice-Présidente de l’association Femmes et Sciences, a eu l’amabilité de communiquer ses impressions à l’AJE.

Evelyne Nakache, 1er rang, 2ème place g. Tout au bout à d. Daphna Nissenbaum

“La rencontre AJE organisée le 11 avril dernier m’intéressait à double titre, d’une part parce qu’en tant qu’enseignante chercheuse, j’ai travaillé sur la physicochimie des polymères qui sont les constituants principaux des plastiques. D’autre part parce que j’interviens, dans le cadre de l’association Femmes et Sciences, dans les lycées et collèges de Paris et la région Ile de France, pour sensibiliser les élèves à l’intérêt des Sciences et, dans l’exemple de la sciences des matériaux, à l’utilité des plastiques mais aussi à l’importance de leur recyclage.
J’ai été très intéressée par cette conférence, dont voici mes remarques personnelles : un certain nombre d’informations importantes sur les constatations de la destruction des ressources de la planète liée à la pollution par les plastiques ont été données, qui mériteraient une plus large audience dans les médias. Les observations de l’expédition MED, présentées par Bruno Dumontet et réalisées par des scientifiques, sont en particulier assez ahurissantes, même si on sait déjà qu’un continent de plastiques existe dans le nord-est de l’Océan pacifique. Le point fait par Matthieu Combe sur les plastiques qui flottent, les déchets sur terre ou le traitement des eaux et le recyclage traduit bien l’envahissement irréversible des terres comme des mers par les plastiques.
Laura Châtel a bien résumé la situation des plastiques dont l’Europe interdit la production sans donner d’alternative. Quant aux interventions de Hervé Millet de Suez de PlasticsEurope et de Jean-Marc Boursier de Suez, elles ont très bien résumé la situation et correspondent à ce que les spécialistes des polymères savent déjà, entre autres que la production de polymères augmente de 5% par an, mais que c’est loin d’être le cas pour pour le recyclage, même si Suez semble faire un effort important dans ce domaine . Ayant été enseignante- chercheuse spécialiste de physicochimie des polymères, je ne peux que regretter le peu de collaboration des fabricants de plastiques avec les chercheurs, en dehors de quelques écoles et universités ou centres de recherches créés par la profession.
Mais la partie la plus créative de cette réunion est celle du plastique TIPA biosourcé, flexible, compostable et destiné à l’emballage, présenté par l’israélienne Daphna Nissenbaum. C’est une invention qui pourrait aider non seulement à diminuer la quantité de plastique pour l’emballage fabriqué à base de pétrole, mais qui, si j’ai bien compris, pourrait aussi contribuer au recyclage, dans la mesure où il est possible de recycler dans la fabrication du plastique TIPA, du plastique fabriqué à base de pétrole. J’aurais aimé avoir plus de détails techniques, ce qui aurait pu mieux répondre aux questions, entre autres, de Laura Châtel, sur la quantité de ressources nécessaires pour fabriquer ce plastique compostable et sur la quantité qu’on peut mélanger aux déchets organiques dans un composteur. Plusieurs questions ont aussi émergé sur le devenir des additifs inhérents à la fabrication du plastique compostable, et des encres nécessaires à l’identification de l’emballage. Il reste aussi à répondre à la question de la biodégradabilité d’un tel plastique dans les eaux marines. C’est une affaire à suivre…
Voici mes travaux de recherche, du moins ceux de mon équipe : ils ont l’avantage d’être fondamentaux et de se prêter à l’application. Ils portent sur l’étude de la surface des matériaux polymères d’une part et sur les polymères en solution dans l’eau d’autre part. Dans la première partie la caractérisation des surfaces permet d’accéder aux propriétés d’adhésion sur cette surface, en relation avec le collage par exemple.
La deuxième partie est en relation avec la fabrication de polymères très divisés, de taille micrométrique ou nanométrique, destinés pour certains à la fabrication des peintures, pour d’autres, plus biocompatibles, à l’élaboration de vecteurs de médicaments, de parfums ou de produits d’hygiène. Depuis 2012 je me consacre davantage à l’association Femmes et Sciences, dont j’ai été la Vice-présidente jusqu’en mars 2019″.

* Femmes et Sciences (Promouvoir les sciences et les techniques auprès des femmes, Promouvoir les femmes dans les sciences et techniques). La présidente de Femmes et Sciences est Madame Nadine Halberstadt.

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